Ce qui semble pour le moins intéressant dans le domaine des relations économiques internationales, c’est qu’il y a largement matière à apprendre des autres. Bien entendu, si l’on s’en donne les moyens.

Que peut apprendre l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) de la crise socio-économique et institutionnelle que traverse actuellement l’Union Européenne (UE) ? Avant d’y répondre, il y a lieu de préciser un point important. En effet, on me demande souvent quelles peuvent être les bases de comparaison entre l’UEMOA et l’UE, tant les échelles de grandeurs sont différentes. En fait, c’est relativement aisé à comprendre : l’UEMOA a été créée à l’image de l’UE ; une pâle copie diraient certains ! Ainsi, bien que l’UEMOA ait été mise en place alors que les huit pays constitutifs (Bénin, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Sénégal, Niger et Togo) avaient déjà une monnaie (Franc Cfa) et une politique monétaire communes, il n’en demeure pas moins qu’à l’instar de l’UE, les mêmes causes produisent les mêmes effets, fussent-ils de contagions et d’ampleurs différentes.

Ainsi, disais-je, qu’est-ce que l’UEMOA peut apprendre de l’UE ? Et s’en donne-t-elle les moyens ? Des enseignements ― ils sont nombreux ― de cette crise, deux attirent l’attention : la nécessité de mettre en œuvre (a) un mécanisme de financement communautaire public et (b) une politique de « Buy West African Act ».

A)  Le financement communautaire public

La crise des subprimes d’une part, et la crise économique généralisée d’autre part, ont porté une sérieuse brèche au sacro-saint principe (néo)libéral (à saveur de consensus post-washingtonien) de la non intervention publique – notamment celles des autorités monétaires, i.e. les banques centrales ― dans le financement des économies. En effet, çà et là, on a découvert comment les banques centrales ont rivalisé d’ingéniosité pour assurer le financement des pays en proie à une crise économique dont l’ampleur, nous dit-on, est sans précédent.

L’UEMOA a-t-elle les moyens financiers d’une pareille ambition ? Pour moi, la réponse est clairement oui ! La Banque Centrale des États de l’Afrique de Ouest, en charge de la politique monétaire et de financement dans l’UEMOA, a suffisamment de réserves en devises (déposées dans le « Compte Spécial » auprès… du Trésor Public de la République Française, ― oui, rien que ça !) pour envisager les voies et moyens de mise à contribution pour le financement public de cette zone.

L’UEMOA a-t-elle la volonté – ou les moyens – politique(s) de le faire ?  Très bonne question ! Une chose est sûre, comme dirait la sagesse séculaire chinoise : « on ne réveille pas une personne… qui ne dort pas » !

B)  Le « Buy West African Act »

Au Canada, on connait bien le « Buy American Act » ; cette décision qui réserve aux entreprises américaines une part prépondérante dans les financements publics américains. Pour les américains, il s’agissait de se donner les moyens pour accélérer la reprise économique ; pour le Canada, il s’agissait de protectionnisme déguisé. Dans des pays comme ceux de l’UEMOA, où tout est encore à construire, un « Buy West African Act » ne serait pas en soi une mauvaise chose. Tenez ! Un candidat à la présidence française vient justement de suggérer que l’UE doit penser à cette solution.

Pour ma part, je crois fermement que l’UEMOA a les moyens de mettre en place un « Buy West African Act ». En revanche, à savoir si cela sera facile, la réponse me semble être « non » ! Ce même candidat à la présidence française se donne 12 mois pour (espérer ?) lancer l’initiative du « Buy European Act » ! Dans l’UEMOA, ce sera déjà une bonne occasion de penser à une réindustrialisation de la zone.

Bref, je suis de ceux et celles qui pensent qu’un État – a fortiori une union de pays – doit avoir une politique de financement volontariste et même interventionniste. Cela est d’autant plus plausible que l’un des principaux facteurs d’inertie, la corruption, et sa sœur jumelle, la gouvernance, n’ont plus les mêmes saveurs aujourd’hui qu’il y a quarante ou trente ans. Juste un exemple : au Niger, cette année, un contrat de financement public a été annulé parce qu’il a été octroyé à un Député National, alors que la Constitution nigérienne le proscrit !  Qui l’aurait cru il y a juste quelques années ?

Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?

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